Ne plus parler « d’inclusion au futur, mais au présent »

Auteur

Jan Habegger

Publié le

Vingt ans après l’entrée en vigueur de la loi sur l’égalité des personnes handicapées (LHand) et dix après la ratification, par la Suisse, de la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), les progrès ont été célébrés, donnant une impulsion à l’avenir. L’Office cantonal des affaires sociales de Zurich, la Conférence des personnes handicapées du canton ainsi que la fondation « Denk an mich » ont organisé une cérémonie d’ouverture des Journées nationales d’action pour les droits des personnes handicapées.

Des personnes en situation de handicap ou non, issues de toute la Suisse, ont participé à la cérémonie d’ouverture des Journées nationales d’action pour les droits des personnes handicapées, qui se tenait au studio TV de Zurich. De nombreux·se·s représentant·e·s des autorités, dont la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, sous forme de message vidéo, des collaborateur·rice·s des organisations de personnes en situation de handicap ainsi que de nombreux·se·s auto-représentant·e·s avaient répondu présent·e·s à l’appel. Le « machTheater », troupe de comédien·ne·s vivant avec une déficience intellectuelle, assurait quant à lui le service.

Des personnes en situation de handicap étaient également présentes en nombre sur la scène. Alex Oberholzer, critique de cinéma bien connu en Suisse alémanique co-animait la manifestation tandis que le chœur d’insieme Zurich Oberland assurait la partie musicale, se produisant avec Peter Reber, auteur-interprète bernois.

Des personnes en situation de handicap étaient également présentes en nombre sur la scène

Exposer les obstacles rencontrés par les personnes en situation de handicap, c’est ce à quoi se sont attelées Tatjana Binggeli, directrice de la Fédération suisse des sourds SGB-FSS, elle-même sourde, et Saphir Ben Dakon, activiste et membre du comité d’Agile.ch. Si, pour cette dernière, l’obtention d’un doctorat en médecine est un « succès », « être la seule personne sourde en Suisse à avoir ce titre est une honte pour le pays ».

Le chœur d’insieme Zurich Oberland a assuré la partie musicale de la cérémonie. © Philip Böni

Ne plus parler « d’inclusion au futur, mais au présent »

Dans son impressionnant discours, Saphir Ben Dakon a mis en avant ce à quoi ressemblerait la société si l’on ne parlait plus « d’inclusion au futur, mais au présent ». Elle a dépeint un monde où les personnes avec et sans handicap vivraient ensemble, où les personnes en fauteuil roulant pourraient monter et descendre de manière autonome à chaque arrêt de bus ou de train. Un monde dans lequel on ne s’imaginerait pas qu’une personne en situation de handicap a besoin d’aide pour préparer son discours. En bref, un monde dans lequel le validisme ne régnerait plus.

La table ronde sur les avancées de la mise en œuvre de la CDPH ne réunissait quant à elle que des personnes sans handicap, ce qui est regrettable. Elle ne permettait ainsi pas aux participant·e·s vivant avec un handicap de réagir aux réponses des intervenant·e·s et d’attirer l’attention sur les nombreuses difficultés rencontrées.

La table ronde sur les avancées de la mise en œuvre de la CDPH ne réunissait quant à elle que des personnes sans handicap, ce qui est regrettable.

Bien que de manière involontaire, l’événement a montré à quel point il est important de sensibiliser la société aux préoccupations et expériences des personnes en situation de handicap.

Des milliers d’actions à travers toute la Suisse

Grâce aux près de mille actions qui se tiendront à travers toute la Suisse jusqu’au 15 juin, nombre de personnes n’étant pas en situation de handicap prendront sans doute davantage conscience des difficultés du quotidien des personnes vivant avec un handicap. Et notre société fera, espérons le, un pas vers un avenir plus inclusif. Un avenir dans lequel il n’y aura plus besoin de journées d’action. Ou du moins un avenir où, lors de ce genre d’événement, les personnes vivant avec un handicap mental ne feront pas que servir, chanter et danser. Mais prononceront un discours.